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Tabou : j’ai vécu à l’étranger sans apprendre la langue du pays

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Apprendre une langue

Partir vivre à l’étranger et voyager vous plonge parfois dans des situations inattendues qui viennent bousculer vos habitudes, et révéler des traits de votre personnalité dont vous ignoriez l’existence. C’est ce qui m’est arrivé lorsque je suis partie vivre et travailler au Portugal de manière soudaine, pendant un an et demi.

Je relate dans cet article une expérience que j’ai vécue, liée à l’expatriation, qui ne raconte ni un drame ni une situation très douloureuse, mais qui m’a suffisamment déstabilisée pour que je décide de retourner vivre en Angleterre (même s’il ne s’agissait pas de mon unique raison de quitter le Portugal, cela y a beaucoup contribué). J’ai pensé que cette anecdote pourrait être utile à ceux qui décident de partir vivre dans un pays dont ils ne parlent pas la langue.

 

Les mots et la culture

La langue (française) et les langues (vivantes en générale) sont des choses très importantes pour moi. Lorsque j’ai commencé à vivre aux Etats-Unis, puis en Angleterre, j’étais obsédée par le fait d’améliorer mon Anglais, chaque jour, par tous les moyens possibles (je partage d’ailleurs dans cet article toutes les techniques que j’ai utilisées). J’ai travaillé dur et sans relâche, pendant près de 10 ans, pour parler le meilleur Anglais possible, en comprendre la grammaire, savoir utiliser les expressions et intonations qui font de vous, même si jamais un natif, un étranger qui s’intègre plus facilement au sein de son pays d’accueil en montrant un intérêt profond pour sa culture. Cela représente beaucoup de travail, mais n’a jamais paru être une corvée, car j’ai une passion innée pour la langue anglaise. L’Allemand, appris au collège, a aussi été une langue que j’ai adoré pratiquer, et dans laquelle j’avais fini par atteindre un bon niveau à l’oral après plusieurs séjours dans le pays (avant d’en oublier la quasi totalité par manque de pratique). Lorsque j’ai déménagé au Portugal, je n’avais aucune notion de Portugais. L’Espagnol ou même l’Italien, très proches du Portugais, me sont également inconnus, car je suis plutôt naturellement attirée par les pays nordiques et anglo-saxons. Je n’ai jamais été attirée par les langues latines (à par le Français, bien entendu !), ni les pays chauds (pour rire, j’ai d’ailleurs écrit un poème à ce sujet, appelé “Fille du Nord”). Le Portugal me faisait rêver depuis des années comme une destination de vacances, mais pas comme une destination où vivre.

 

Des débuts difficiles

Moi qui me suis toujours perçue comme une voyageuse curieuse, qui aime les langues et ouverte au monde, j’ai rapidement été vue au Portugal comme une expat fainéante qui ne cherchait pas à apprendre la langue de son pays d’accueil. Cela a été une image difficile à assumer. Un peu comme de me regarder dans un miroir et de ne pas reconnaître la personne que j’y voyais. Au bout du compte, le fait que je ne parle pas le portugais et que cela aille à l’encontre de valeurs profondes que j’ai développées au cours des années a contribué au fait que je ne puisse pas me voir rester dans ce pays sur le long terme. J’ai vite compris qu’au fond de moi, je n’avais pas vraiment envie d’apprendre le Portugais. Je n’avais en rien anticipé cet élément lors de mon déménagement au Portugal, puisque le fait d’apprendre une nouvelle langue avait fait partie intégrante de ma décision de partir vivre dans ce pays. J’avais, avant mon départ, même commencé à apprendre les bases du Portugais. Mais une fois confrontée à ma nouvelle vie, à mon nouveau travail et à la langue en question, les choses ont rapidement changées.

Mon travail à Lisbonne a été très prenant dès le premier jour. J’ai été embauchée par une grosse start-up anglo-portugaise pour développer le marché français en terme de marketing. L’entreprise en question venait de décrocher un gros investissement. J’étais la seule française, sur une centaine d’employée, et avec un contrat de travail de 6 mois renouvelable autant de fois que l’entreprise continuait à recevoir des investissements conséquents, je savais dès le départ que si le marché ne fonctionnait pas, mon contrat de travail ne serait pas renouvelé. Ce types de contrats temporaires sont monnaie courante dans l’univers des start-ups, mais l’envie d’un challenge, et le poste et le secteur d’activité me plaisant beaucoup, j’avais foncé tête baissée. J’ai quitté, à Londres, un poste en CDI, pour cette aventure un peu folle que l’un de mes anciens managers londonien m’a offerte sur un plateau, ayant lui-même été embauché comme directeur du marketing pour cette start-up.

 

Entre deux pays

J’ai pris, pendant mon premier mois à Lisbonne, des cours de Portugais le soir, que j’ai très rapidement abandonnés. Mes journées de travail se terminant à 21h et mes nombreux “voyages d’affaire” vers la France rendant impossible le fait de me rendre à ces cours de manière régulière. Au moment de mon arrivée au Portugal, j’ai également entamée une relation à distance avec quelqu’un resté en Angleterre. La relation devenant rapidement sérieuse et fusionnelle, j’ai eu l’impression que, même si j’aimais le Portugal et ma vie à Lisbonne, mon coeur se trouvait toujours à Londres. Les relations à distance, c’est bien connu, prennent beaucoup de temps et d’énergie, ce qui a contribué à un sentiment d’avoir le pied entre deux pays dès le début de mon expérience lisboète.

Globalement, déménager seule dans un pays dont la langue et la culture m’étaient totalement inconnues, avec une aide minime de la part de mon employeur pour m’assister dans les démarches administratives a représenté une situation relativement épuisante (même si incroyablement enrichissante). J’ai rapidement compris que le Portugal ne serait qu’une très belle parenthèse dans ma vie, avant de rentrer en Angleterre, où je me sentirai à nouveau chez moi.

 

Un sentiment de culpabilité

J’ai très souvent été blessée par des remarques sur le fait que je ne parlais toujours pas le Portugais après quelques mois, faites par des Portugais aussi bien que par des étrangers qui parlaient le Portugais. Je les comprends, j’aurais pensé la même chose en Angleterre quelques mois auparavant, si j’avais été confrontée à quelqu’un n’apprenant pas activement l’Anglais après plusieurs semaines dans le pays. Vu de l’extérieur, le fait que je sois toujours incapable d’avoir une discussion basique en portugais après plusieurs mois devait en effet paraître, au mieux, risible, et au pire, désolant. Certaines personnes étaient plus agressives que d’autres, les degrés de méchanceté, souvent involontaire, variant en fonction des situations et des profiles. Ma vie quotidienne était également sans cesse teintée de difficultées découlant de mon incapacité à parler le Portugais, comme le fait de ne pas pouvoir effectuer mes démarches administratives dans la langue du pays.

Aujourd’hui, je suis heureuse d’être rentrée en Angleterre, et malgré le fait que je ne parle pas le Portugais, le pays me manque beaucoup et j’aurais toujours un lien particulier avec Lisbonne. Je sais que j’ai une chance folle d’avoir vécu dans un pays aussi beau. J’ai appris pendant cette expérience que vivre et se sentir chez soi dans un pays dont la langue et la culture ne nous fait pas instinctivement rêver est difficile.

 

Jeff, l’exception qui confirme la règle ?

Cependant, une rencontre faite au Portugal reste gravée en moi, et vient chambouler toute ma théorie selon laquelle apprendre la langue du pays est une condition non négociable afin de s’intégrer et de se sentir chez soi. Lorsque je voyageais dans le sud du pays au printemps 2016, j’ai fait la connaissance de Jeff, un australien tenant un Bed & Breakfast dans la petite ville côtière d’Olhao, un vrai paradis sur terre. Jeff gérait son petit hôtel avec brio, tous les guides touristiques répétant qu’il s’agissait de l‘un des meilleurs endroits où dormir dans la ville. Au détour d’une discussion, Jeff m’a appris qu’il ne parlait pas un seul mot de Portugais, alors qu’il vivait à Olhao depuis près de 7 ans. Il aimait la ville, s’y sentait chez lui et semblait connaître les gens du quartier qui le saluaient lorsqu’ils le croisaient dans la rue. Ses employés portugais l’aidaient pour toutes les démarches administratives. Il avait l’air totalement décomplexé par le fait de ne pas parler la langue. Il était dans son élément, comme un poisson dans l’eau.

Serait-il donc possible que j’ai eu tout faux ? Peut-on se sentir heureux et intégré dans un pays dont on ne parle pas la langue ? Je suis curieuse de lire votre opinion si vous en avez une, basé sur vos valeurs ou votre expérience personnelle. Le débat est ouvert !


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Découvrez également mes récits de voyage, que j’écris depuis 7 ans, et qui évoquent tous les points mentionnés dans les différents articles présents sur l’Allée du monde.

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10 Commentaire(s)

  • Reply
    Cindy came-true.blogspot.fr
    23/02/2017 at 14:40

    Clairement, vivre dans un pays dont ne parle pas du tout la langue me paraît très très difficile… et aussi très déprimant car en découle l’absence d’échanges sociaux. J’admire ton pote Jeff, c’est quand même dingue ce qu’il arrive à faire, je m’en sentirais bien incapable…

    • Reply
      Gabrielle Narcy
      24/02/2017 at 11:36

      Merci pour ton commentaire Cindy. En effet, le cas de Jeff m’a vraiment intéressé, totalement à l’opposé de mon expérience personnelle. Je confirme que vivre ans un pays dont on ne parle pas la langue est compliqué, surtout si on ne part pas avec un package d’expat via une entreprise qui s’occupe de toutes les démarches pour toi. Je n’avais pas de problèmes au travail (entreprise de langue anglaise), ni dans ma vie sociale car nous nous parlions tous en Anglais, mais les tâches du quotidien (supermarché, administration, recherche d’appartement etc) étaient franchement compliquées dès qu’un problème survenait ! Pas simple donc comme expérience, mais enrichissant en même temps.

  • Reply
    Anne
    23/02/2017 at 17:13

    Je pense que ne pas apprendre la langue officielle du pays nous met dans une certaine illegitimité difficile à surmonter, un état de faiblesse face aux aléas de la vie quotidienne. Mais peut être sommes nous drillées à nous conformer ( contrairement à Jeff l’Australien!) . En tout cas moi je sais que je ne me sens pas intégrée en Belgique parce que ma connaissance en flamand est trop superficielle et donc du coup c’est la moitié de ce (petit!) pays qui m’est fermée! Même si je parviens à lire et cmprendre cette langue, e n’est pas suffisant pour avoir un job par exemple

    • Reply
      Gabrielle Narcy
      24/02/2017 at 11:41

      Merci Anne d’avoir partagé ton expérience avec nous ! Ton cas est très intéressant car tu es dans un pays “bilingue”, mais la maitrise des deux langues reste une condition nécessaire pour s’intégrer pleinement. C’est différent par exemple au Québec, où parler l’Anglais n’est pas si courant, et n’a pas vraiment d’impact sur le fait de trouver un emploi ou de s’intégrer. (d’après mes amis québecois). Le fait que Jeff puisse s’intégrer au Portugal sans parler la langue m’a fait me demander en effet si nous ne sommes pas conditionnés, mais je pense qu’il avait une personnalité vraiment décomplexée… à l’extrême !

  • Reply
    Claire
    27/02/2017 at 10:12

    bonjour, si je puis me permettre, une idée comme ça: en tant que linguiste ou polyglotte (ce qui était ton cas) il était inimaginable pour toi de ne pas apprendre la langue du pays (d’ailleurs, tu avais commencé par prendre des cours avant de les abandonner); pour d’autres types de gens qui n’ont pas du tout la fibre des langues – ça existe, j’en ai recontrés en France comme en GB [et même en Belgique pays doté de 3 langues officielles, mais j’avoue que c’est plus rare ici tout de même :-)] – apprendre une autre langue est tout simplement impossible. ils peuvent essayer, ils n’y parviendront jamais. Les anglophones en particulier peuvent se le permettre puisque partout dans le monde, on les comprend (plus dur pour un islandais ou un chinois, j’en conviens). Et comme ils ne sont pas linguistes ils n’en conçoivent aucun complexe, ni aucune déception. Un peu comme si on t’avait demandé de passer ton permis poids lourd (ou moto, je ne sais), ou un autre truc à des millions d’années lumière de toi: tu aurais juste rigolé en disant que c’était impossible et tu serais passée à autre chose. Surtout si tu pouvais te débrouiller autrement (j’imagine qu’en tenant son B&B ses clients sont surtout étrangers et il a du personnel pour les démarches locales et communiquer avec les fournisseurs…). C’est juste mon avis de linguiste complexée si elle ne comprend pas tout – qui du coup ne voyage pas très loin…

    • Reply
      Gabrielle Narcy
      27/02/2017 at 11:10

      Bonjour Claire, et merci beaucoup pour ton commentaire, qui me fait réfléchir davantage à ce sujet qui m’intéresse beaucoup. Je trouve ton argument vraiment juste : certaines personnes n’ont pas la fibre des langues du tout, c’est une réalité, et j’en connais. Tout comme je serai bien incapable de conduire un poids lourd, c’est certain ! Elles n’ont simplement pas cette fibre, et même si je l’ai pour l’Anglais, je ne l’avais pas vraiment pour le Portugais. Il y a pas mal de raisons potentielles à ça (j’étais beaucoup plus jeune quand j’ai appris l’Anglais, j’avais une passion pour les cultures anglophones etc). Mais le point important qui m’est venu en lisant ton commentaire est : si certaines personnes sont par nature presque inaptes à apprendre une langue étrangère une fois adultes parce qu’elles n’ont tout simplement pas cette compétence, est-ce que cela veut dire qu’elles devraient se priver de l’expérience de vivre à l’étranger, dans un pays qu’elles aiment mais dont elles ne parlent pas la langue ? Bien entendu, la réponse est non 🙂 Tout le monde a le droit de vivre et de profiter d’un pays qu’ils aiment même si en apprendre la langue est difficile pour eux. Cela ne veut pas dire qu’ils ne respectent pas le pays ou n’en aiment pas la culture (comme moi au Portugal). Intéressant, merci pour d’avoir partagé cette idée ! En tout cas, continue à voyager même si tu en comprends pas tout, je ne comprends pas tout non plus en dehors des pays anglophones et francophones mais j’aime toujours autant visiter de nouvelles villes/pays… Bonne journée à toi, Gabrielle.

  • Reply
    Emy Globe-trottine
    15/03/2017 at 14:41

    j’ai vécu aux Philippines pendant quelques mois, mais je n’avais clairement pas le temps de prendre des cours de la langue locale, le tagalog. La langue officielle à mon bureau était l’anglais, je donnais d’ailleurs aussi des cours d’anglais à mes collègues philippins. Et même si la plupart du temps on s’en sort pas mal à Manille avec seulement l’anglais (ancienne colonie américaine donc anglais largement diffusé), ne pas parler tagalog m’a bloquée dans la vie de tous les jours. Je détestais les repas du midi au boulot parce que j’étais la seule étrangère et que mes collègues ne faisaient pas forcément l’effort de parler anglais entre eux donc je me suis sentie mise à l’écart souvent, même si je comprends très bien qu’ils aient continué à parler tagalog entre eux. Je regrette de n’avoir appris que quelques mots.

    • Reply
      Gabrielle Narcy
      15/03/2017 at 18:56

      Je crois que nous sommes dans la même situation… Je n’avais pas du tout le temps d’apprendre le portugais au delà de quelques mots, mais je le regrette quand même, surtout parce que c’est un pays que j’ai adoré et qui me manque beaucoup. Comme toi avec les Philippines j’imagine ! Quelle expérience ça a du être…

  • Reply
    sashka
    11/05/2017 at 14:36

    Bonjour merci pour cet artcile.Je suis macedonienne je suis professeur de francais (langue etrangere) je parle (anglais,serbe.bulgare,allemand (niveau A2 ) et mainetenant je veux d’aller a Istanbul pout y rester et travailer,je ne sais pas le turc mais j’ai commence d’apprendre il y a un mois.Je pense que les polyglottess ont plus de possibilites que d’autres.

    • Reply
      Gabrielle Narcy
      11/05/2017 at 16:31

      Bonjour Sashka, merci pour ton commentaire ! C’est bien vrai, le fait d’avoir la chance de parler plusieurs langues aide énormément 🙂 En tout cas tu écris bien le Français, bravo ! Bonne chance en Turquie, à très bientôt, Gabrielle

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