Conseils généraux Vivre à l'étranger

7 difficultés auxquelles on ne s’attend pas quand on vit à l’étranger

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vivre à l'étranger

Vivre à l’étranger ? Oui s’il vous plaît ! Expatriée depuis presque une décennie, je ne regrette pas mon choix. Mais dire que la vie dans un autre pays n’est que bonheur et paillettes n’aurait pas de sens. Des frustrations surmontables liées au fait de ne pas réussir à se faire comprendre correctement lorsque l’on commence à vivre au quotidien dans une langue étrangère à des situations plus difficiles comme la peine que l’on cause parfois à nos proches en partant loin, j’ai vécu, et vis toujours, toutes sortes de moments délicats liés à l’expatriation. Il y a les difficultées matérielles que l’on anticipe, et pour lesquelles on tente de s’organiser le mieux possible (trouver un logement, ouvrir un compte en banque, faire des virements bancaires entre deux pays). Et puis il y a les autres, ces choses pas toujours faciles auxquelles on avait vaguement pensées – ou pas – et pour lesquelles il n’existe pas de recette miracle. J’espère que cela vous fera sentir moins seul(e) dans votre propre vie à l’étranger, ou vous aidera à vous préparer si vous vous apprêtez à partir !

Les gens qui nous manquent

Vous aviez bien anticipé que la famille et les amis proches vous manqueraient, mais la réalité de ce sentiment est parfois plus forte qu’on ne pensait, surtout pour ceux qui s’expatrient sur le long terme. Le fait de rater certaines occasions comme des anniversaires ou des naissances provoque souvent un pincement au coeur. Même quand vous rentrez chez vous, c’est la course aux visites, à essayer de voir tout le monde, et, immanquablement, l’impossibilité d’y parvenir. La vie à l’étranger, surtout si elle se prolonge, “écrème”, involontairement, votre cercle d’amis : vous restez naturellement proche des quelques amis qui vous rendent visite à l’étranger ou avec qui vous êtes en contact le plus souvent, simplement parce que maintenir un lien aussi fort avec chaque personne que vous connaissiez dans votre pays d’origine est impossible. Vous avez votre nouvelle vie à l’étranger, et des amis à y voir également. Un point positif tout de même : quand vous voyez vos proches restés en France, vous en profitez pleinement !

Faire de la peine à ses proches

L’un des points les plus difficiles à gérer selon moi, mis à part pour quelques petits chanceux qui arrivent à maîtriser la situation comme des pros ou dont la famille internationale a l’habitude de vivre éloignée les uns des autres : le sentiment de culpabilité et la difficulté à accepter la peine que vous faites à certaines personnes qui sont tristes de vous voir partir. Parfois, cela s’arrange avec le temps : après quelques années, certains parents ou amis ont accepté que vous ne rentrerez surement pas. Mais ce n’est pas toujours le cas. Je ne l’ai pas vécu moi-même puisque je ne suis pas maman, mais beaucoup d’internationaux rencontrés en cours de route m’ont confié qu’ils se sentaient coupables de priver leurs parents de leurs petits enfants, ou de ne pas être proches d’eux durant leurs vieux jours, bien qu’ils sachent qu’ils ne souhaitent pas rentrer en France. Chaque situation est différente, mais beaucoup d’expats doivent gérer la peine que leur départ cause à leurs proches, et cette peine ne diminue pas toujours avec le temps.

Etre entre deux cultures

Bien entendu, se trouver entre deux pays, deux cultures et deux langues est avant tout une belle expérience. Mais il s’agit également d’une chose qui peut s’avérer difficile. Pas mal de personnes ont l’impression d’être des étrangers dans leurs pays d’accueil, et plus complètement français non plus lorsqu’ils rentrent chez eux.  Aussi, plus inattendu mais bien réel, le problème qui consiste à perdre un peu de votre français, puisqu’il ne s’agit souvent plus de la langue que vous pratiquez exclusivement au quotidien : incapacité à trouver un mot au cours d’une discussion en français et ne trouver que l’équivalent en anglais (ou dans la langue que vous parlez tous les jours), difficulté à parler de votre travail en français puisque votre vie professionnelle se fait dans une autre langue, emploi d’anglicismes qui font sourire vos amis en France… Autant de petites situations qui montrent que vous flottez un peu entre deux mondes sans appartenir à aucun à 100%, pour le pire mais aussi pour le meilleur !

Organiser les retours en France

Rentrer en France voir sa famille est avant tout un plaisir, et souvent quelque chose dont on se réjouit plusieurs semaines à l’avance. Mais cela a aussi un coût : un “budget famille” conséquent (payer les billets d’avion ou de train pour rentrer chez vous plusieurs fois par an, les coûts et la régularité dépendant bien entendu de votre pays d’expatriation), et un nombre de jours de congés réduits car vous retournez en France pendant au moins la moitié de vos vacances annuelles. Vous ne changeriez vos vacances au pays pour rien au monde, mais cela laisse moins de place à d’autres types de vacances, pour découvrir de nouveaux endroits !

Le mal du pays

Le mal du pays peut prendre diverses formes, durer deux jours ou deux ans, ne provoquer qu’une brève sensation de douleur ou une vague de tristesse qui balaie tout sur son passage. Il repart parfois aussi vite qu’il était apparu, par exemple si vous êtes triste car vous venez de rater un évènement familial en France pour lequel vous n’avez pas pu vous déplacer. Mais il peut aussi vous frapper de manière plus longue et profonde, si vous n’aimez pas ou plus le pays dans lequel vous avez élu domicile, pour une raison ou pour une autre. Je suis peu sujette au mal du pays depuis mon départ de France, mais je l’ai ressenti trois fois en 7 ans : une fois après une rupture difficile loin de ma famille juste après mon arrivée dans un nouveau pays, une fois au Portugal quand je me suis heurtée à de gros problèmes administratifs sans bien parler la langue locale, et une troisième fois après le vote du Brexit en Angleterre et la vague des unes de journaux xénophobes qui a déferlée sur le pays. Des situations différentes les unes des autres que je n’avais pas anticipées, accompagnées d’une arrière pensée : “les choses seraient plus faciles pour moi en France”. Mais dans mon cas, ce sentiment ne fait jamais que passer.

Les difficultés liées à la langue

Les difficultés liées au fait de vivre dans une langue étrangère que l’on ne maîtrise pas encore bien sont variées. Au début de ma vie dans des pays anglophones, mon problème principal n’a pas été, à ma grande surprise, de ne pas avoir assez de vocabulaire pour me faire comprendre. Même si je ne connaissais pas souvent les bons mots, je pouvais toujours utiliser un dictionnaire ou me faire comprendre en m’y reprenant à plusieurs fois. Le plus difficile pour moi a été que mon niveau d’anglais médiocre m’empêchait d’être totalement moi-même et d’exprimer ma personnalité. Je n’avais pas la même assurance, ni la possibilité de faire de l’humour qui fait mouche, puisque mes blagues tombaient souvent à plat. Je souriais beaucoup pour “meubler” la conversation (à tel point que je me souviens en avoir eu des crampes aux joues !), et pour cette raison, beaucoup de personnes pensaient que j’étais timide, et certainement un peu simplette aussi. J’étais en fait incapable d’enchaîner deux phrases de manière consécutive pour avoir une discussion intéressante. Bien entendu, il y a également le problème de ne pas pouvoir suivre certaines conversations, surtout les discussions de groupes lors de dîners ou dans des bars, à cause du bruit et du fait de décrocher. Aussi, même après des années de pratique d’une langue étrangère que l’on parle au quotidien et dans laquelle on devient bilingue, vous croiserez toujours le chemin de certains natifs de votre pays d’accueil qui ne comprennent pas votre accent car ils n’ont pas l’habitude de parler à des étrangers.

–> Mon article “5 astuces pour apprendre une langue étrangère” se trouve ici !

Le sentiment d’être un étranger

Tout comme les autres points abordés dans cet article, le sentiment d’être un étranger peut couvrir toutes sortes de situations. Pas toujours négatives d’ailleurs, car il peut être sympathique d’être  “la française” au cours d’une soirée, à qui l’on pose des questions sur la culture ou les habitudes des habitants de l’hexagone. Mais ce sentiment peut aussi se décliner sous des formes moins plaisantes. Les commentaires xénophobes occasionnels, qui dans mon cas sont rares mais que j’ai bel et bien vécus, presque essentiellement depuis le vote du Brexit, et qui a été l’occasion pour moi de me frotter en Angleterre à plusieurs “plaisanteries” bien corsées : “Tu es française ? Tu vas te faire expulser de mon pays bientôt alors ?” (c’est tellement drôle ! Kill me now). Il y a aussi les quelques faux pas que l’on commet irrémédiablement dans une nouvelle culture, puisqu’on ne sait pas comment les choses fonctionnent. Je me souviens du regard choqué du premier médecin généraliste que j’ai vu à Londres il y a 6 ans : j’ai sorti ma carte bancaire pour régler la consultation, alors que celles de la NHS, l’organisme de santé national britannique, sont gratuites. On apprend vite !


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Découvrez également mes récits de voyage, que j’écris depuis 7 ans, et qui évoquent tous les points mentionnés dans les différents articles présents sur l’Allée du monde.

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9 Commentaire(s)

  • Reply
    pauline
    05/05/2017 at 06:21

    <3 merci pour cet article/ Tu lis en moi TOUT ce que je pense.

  • Reply
    Gabrielle Narcy
    08/05/2017 at 11:05

    Ca me fait tellement plaisir de savoir que l’article te parle, et aussi de savoir que tu ressens certaines choses comme moi ! On se sent moins seules <3 Merci Pauline.

  • Reply
    Marie-Marthe Blanc
    07/06/2017 at 14:16

    Coucou Gabrielle. Ton article vise nos sentiments d’expatriés au plus juste. Après presque 7 ans, c’est le numéro 2 qui m’embête le plus.. Si quelqu’un a une solution miracle !!
    Merci pour cet article,
    xxx Marie

    • Reply
      Gabrielle Narcy
      07/06/2017 at 17:14

      Merci pour ton commentaire Marie, je suis vraiment heureuse que mon article corresponde à ce que tu ressens également dans ta vie à l’étranger. Hélas, pas de solution miracle je crois, faire de la peine à certains proches est en effet l’un des points qui revient le plus souvent quand je parle à d’autres personnes vivant à l’étranger. Je me dis que la seule solution est de se rappeler que nous sommes plus heureux là où nous sommes, et que peut-être si nous étions en France (ou n’importe quel autre pays d’où nous venons), nous aurions moins à donner à ceux qu’on aime, parceque nous ne serions pas nous même épanouis ? Juste une idée, je vais continuer à réfléchir 🙂 Bonne continuation à toi ! Gabrielle

      • Reply
        Marie-Marthe Blanc
        09/06/2017 at 18:14

        Oui c’est une bonne piste de reflexion!
        Bien à toi xx

  • Reply
    Maud
    05/07/2017 at 07:29

    C’est tellement vrai et surtout le numéro 2 dans mon cas! Nous quittons Londres pour Bruxelles bientôt et en partie pour nous rapprocher de notre famille tout en restant à l’étranger:). Nous verrons si cela fait une différence. Merci pour cet article très intéressant et réaliste!

    • Reply
      Gabrielle Narcy
      05/07/2017 at 09:51

      Bonjour Maud, merci beaucoup pour ton commentaire, je suis vraiment heureuse de lire que tu te reconnais dans cet article ! La distance avec la famille n’est jamais facile à gérer, pour des raisons émotionnelles et/ou logistiques. Je te souhaite une belle vie à Bruxelles. Où se trouve ta famille en France ? Pourras-tu prendre le Thalys pour aller les voir ? Au plaisir de discuter à nouveau bientôt ! Gabrielle

  • Reply
    HelsinkiBudapest
    22/07/2017 at 01:34

    Article géniale et important. Je suis une d’entre ceux qui ont perdue leurs langue maternelle, le français dans mon cas. Et j’ai toujours complexée. Et c’est vrai que je ne me sens pas “vraiment” française. D’un côté si, mais rentrer dans le pays, Je le gererais très mal. Mais, étant nomade éternelle depuis mon enfance, je ne changerais rien. En plus, je suis ce qu’on appelle un Cross-Cultural Kid, alors j’ai plusieurs choix ;et aussi des pays aux quels je me sens (dé)connectée. 🙂

    • Reply
      Gabrielle Narcy
      22/07/2017 at 18:03

      Merci beaucoup pour ce commentaire ! Je comprends tout à fait, c’est parfois difficile de se voir perdre son français ! Et le sentiment d’appartenence ou de détachement par rapport à un pays évolue aussi en fonction des circonstance,s ce qui ne simplifie pas les choses, mais on fait avec ! Tu as l’air d’avoir un beau profil international en tout cas ! N’hésite pas à m’en dire plus si tu as envie de partager ton expérience, ça m’intéresse toujours 🙂 A très bientôt j’espère, Gabrielle

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