Élever ses enfants entre plusieurs langues & cultures : 10 témoignages de parents expats

Cela faisait bien longtemps que je voulais traiter de ce sujet que je trouve passionnant : celui des parents qui élèvent leurs enfants entre plusieurs langues et cultures à l’étranger ! Pour nous parler de ce sujet, j’ai demandé à 10 mamans vivant à l’étranger de nous parler de leur expérience. Des témoignages touchants où ces enfants plurilingues et pluriculturels deviennent parfois les professeurs bienveillants de leurs parents, les aidant à traduire ou à apprendre des langues qu’ils maîtrisent naturellement grâce à leur immersion dans une langue étrangère à un jeune âge. Je lis aussi dans ces témoignages l’importance accordée par ces parents au fait de transmettre leur langue et culture d’origine, et comment chacun développe ses techniques d’apprentissage ludiques par le chant, les jeux ou encore les dessins-animés. Tous ces témoignages dessinent les contours d’un monde multiculturel et ouvert sur le monde, porteurs de petits citoyens internationaux en herbe si importants à l’heure actuelle. J’espère que vous aimerez ces beaux récits de vie que je vous laisse découvrir sans plus attendre !


 1. Prudence, Russie-Cameroun

Je m’appelle Prudence. Je suis née et j’ai grandi au Cameroun. Avec mon mari Kirill, qui est russe, nous vivons à Kineshma, située à 300 km de Moscou et où nous élevons nos deux garçons : Raphaël (3 ans) et Matvey (8 mois). Ils grandissent dans une culture africaine, francophone et russe. A la maison, nous « naviguons » entre 3 langues : le français, l’anglais et le russe. Avec les enfants, je parle le français. Avec mon aîné, qui va dans une crèche locale, je pratique beaucoup le français grâce aux chants, aux jeux, aux comptines et à des vidéos. Je suis toujours impressionnée par sa capacité à retenir les mots ! Mon mari leur parle en russe, et nous organisons des activités en anglais (chants, jeux). Les difficultés que nous avons rencontrées jusqu’ici sont la communication entre Raphaël, ses camarades et ses maîtresses quand il a commencé à aller au jardin d’enfants, parce que son vocabulaire russe n’était pas aussi riche que celui de ses camarades, mais il l’a corrigé au fur et à mesure et aujourd’hui, à 3 ans, il connait des mots russes qui me sont étrangers. Il lui a fallu s’habituer aussi à de nouveaux modes d’alimentation, mais encore aujourd’hui, il y a des plats qu’il ne touche pas du tout. Je dois donc parfois lui préparer son petit déjeuner avant de l’accompagner à la crèche.
Élever les enfants dans cette ambiance internationale est très important pour moi car je veux qu’ils puissent profiter de ce multiculturalisme dans leur vie future et qu’ils soient des citoyens du monde, comme nous. e n’y trouve que des avantages : la maîtrise de plusieurs langues, l’imprégnation de différentes cultures et l’ouverture sur le monde.

2. Flore, France-Libye-Malte

Je suis Flore, heureuse maman de Fathi, 5 ans et Sofia bientôt 2 ans, et mariée à Ahmed 30 ans. Je suis française, je viens de Lille, mon mari est Libyen et nous vivons à Malte. Nos enfants parlent français, arabe, anglais et maltais. Notre aîné va dans une école publique qui enseigne l’anglais et le maltais de façon bilingue. Le maltais ressemblant à l’arabe ce n’est pas un problème, bien que cette langue ne soit pas très utile en soit puisque seuls les maltais la pratiquent. Parmi ces 4 langues, il est le plus à l’aise en anglais mais je tiens à lui parler français à la maison pour enrichir son vocabulaire, et le dimanche il prend également des cours d’arabe pour apprendre l’alphabet. J’aurais voulu qu’il participe à des cours de français donnés par une association le samedi matin pour apprendre la grammaire mais cela ferait beaucoup trop pour un petit garçon de 5 ans.
Nous nous sentons bien ici, au soleil, même si nous adorons rentrer en France voir nos proches en été et à Noël, et nous faisons alors le plein de produits français qui nous manquent tant. Cependant, je ne suis pas du tout satisfaite au niveau médical, et je suis d’ailleurs rentrée en France pour mes deux accouchements.

3. Marianne, France-Bulgarie

J’ai deux garçons : William, 7 ans et Albiréo, 2 ans. Je me suis expatriée en 2012 en Bulgarie, à Sofia, avec mon ainé qui avait 1 an et son papa. À la maison, nous ne parlions que Français. A 2 ans et demi, il a intégré une crèche 100 % bulgare, il y est resté l’année où il a très bien maîtrisé la langue bulgare. Après ma séparation avec le papa, il a été inscrit à la moyenne section du Lycée français de la capitale. Son papa vivant toujours en Bulgarie, nous avons établi une garde partagée qui fonctionne très bien. Chacun s’est remis en couple avec des Bulgares. À la maison, William parle français avec moi et bulgare avec son beau-père, qui est également totalement francophone sans accent. Puis est arrivé Albireo, qui dès la naissance a eu les deux langues. Il a donc commencé à parler en choisissant quel mot dans quelle langue lui plaisait le plus. Un joyeux mélange, mais qui fonctionne très bien. Lors de l’été de ces 18 mois, nous avons pris une fille au paire anglophone. William avait déjà des notions d’anglais, dès la moyenne section, ils ont 1h d’anglais à l’école, puis 2h à partir du CP. La rentrée arrivée, Albiréo a intégré une crèche anglophone de Sofia, en 3 mois il n’avait aucuns soucis de compréhension. À présent, chacun parle les 3 langues presque couramment. Selon l’interlocuteur ils passent d’une langue à l’autre avec une rapidité impressionnante, William m’ayant servi de traducteur plusieurs fois (mon bulgare à moi étant moyen) ! Je ne les force pas à parler l’une ou l’autre langue. Nous avons donc à la maison 3 langues qui vont et viennent selon le moment de la journée ou les personnes croisées !
Vous pouvez suivre les aventures de Marianne sur son profil Instagram.

 4. Florie, France-Royaume-Uni

Nous sommes Florie et Alan, un couple de Français arrivés en Angleterre (Plymouth- Devon) il y a un an et demi avec Maxime, notre fils de 3 ans et demi à l’époque. Je suis arrivée avec un niveau d’anglais de base professionnel, mon conjoint n’avait pas pratiqué l’anglais depuis le lycée et notre fils n’avait aucune connaissance. Nous avons déménagé et changé de vie en 3 mois après qu’on m’ait offert un emploi en Angleterre. L’apprentissage de l’Anglais se fait donc en famille ! A la maison nous parlons français, mais notre fils commence à y instaurer l’anglais depuis qu’il a intégré l’école. Nous avons fait le choix de le mettre dans une école anglaise, un choix plus pratique que de conviction. Néanmoins, nous ne le regrettons ! Notre fils est responsable d’une grande part de notre apprentissage de la culture Anglaise. Le “Pudsey day”, le “Poppy day”, les petites cartes et les « pulls moches » de Noël… sont autant de choses auxquelles nous n’aurions peut-être pas pris part sans notre fils. Nous ne baignons pas à proprement parler encore dans la double culture, mais petit à petit nous intégrons et remportons lors de nos séjours en France un petit peu de l’Angleterre dans nos habitudes françaises.
Apprendre une nouvelle culture en famille est une expérience intense et exceptionnelle constituée pour notre part d’une majorité de bonheurs. Ce n’est pas toujours une expérience facile : vous verserez sûrement une larme quand vous laisserez votre enfant seul dans une école/Nursery sachant qu’il ne comprendra pas un mot. Cependant, tous ces moments difficiles sont vite effacés par le bonheur de voir nos enfants grandir, s’épanouir et s’ouvrir au monde !

5. Stéphanie, France-Australie-USA-Italie

Mon mari et moi sommes Français et avec nos deux enfants nous avons vécu 12 ans en Australie, un an aux USA et depuis 3 ans, nous vivons à Bergamo en Italie. Je parle à nos enfants en français et leur papa en anglais, et ils parlent également l’italien. Maintenant un peu plus agés, ils comprennent bien la différence entre les langues et font moins de mélange. Ils sont âgés de 12 et 9 ans, sont nés en Australie et ont commencé leur cursus scolaire là-bas. Nous n’avons jamais vécu dans une grande ville, donc jamais d’école française proche de chez nous. Ils sont allés dans les structures locales quand nous vivions dans un pays anglophone et sont désormais dans une école internationale anglophone.
Tout au long de leur enfance à l’étranger, mes enfants ont grandi avec des séries télé (Tchoupi, Petit Ours Brun…), livres et comptines en français. J’ai essayé de leur inculquer les bases de la grammaire française, mais je n’ai pas vraiment continué. Comme nous retournons plusieurs fois par an en France et que nous avons la chance d’avoir la visite de nos proches, le français est une langue totalement maîtrisée à l’oral. Un peu moins à l’écrit, mais je ne m’en inquiète pas. Je dirais que les difficultés liées à l’éducation d’enfants à l’étranger sont le manque d’aide de nos proches, et le manque de connaissance du système éducatif et social pour les enfants dans le pays adoptif. Les points forts ? Des enfants bi/trilingues, tolérants, compréhensifs, possédant une capacité d’adaptation à de nombreuses situations, un enrichissement personnel, une ouverture sur le monde, une famille plus soudée !
Découvrez le blog de Stéphanie sur le bonheur, thehappinet.com !

6. Coralie, France-Roumanie-Espagne

Je m’appelle Coralie, je suis Française, et mon mari Vasile est Roumain. Nous sommes venus nous installer en Espagne en 2005, dans la Communauté de Valence, au bord de la Méditerranée, dans le petit village de Polop de la Marina. Nos 2 enfants, Alicia 11 ans et Adrián 7 ans, sont tous les deux nés ici. Chez nous, c’est multiculturel et à la maison, c’est un beau mélange de langues ! Avant d’avoir les enfants, on s’est posé la fameuse question : « Dans quelle langue va-t-on leur parler? ». Finalement, chacun d’entre nous parle aux enfants dans sa langue: français avec maman et roumain avec papa. Les enfants parlent donc les 2 langues, mais pas seulement. En effet ils vont à l’école du village (publique), où ils reçoivent les cours en espagnol mais aussi en valencien (dialecte local).
Ils parlent spontanément en espagnol car ils sont baignés dedans depuis la naissance, mais nous tenions vraiment à ce qu’ils parlent nos langues maternelles. Pour encourager cela, nous regardons souvent la télévision roumaine. Ils vont aussi passer 3 semaines ou un mois en France l’été chez leurs papy et mamie et font d’énormes progrès !
Pour moi, les points forts d’éduquer nos enfants entre plusieurs cultures et langues est que premièrement, être trilingue avant 10 ans est quand même une sacrée chance pour leur futur. D’autre part, ils bénéficient d’une richesse culturelle incroyable, profitant des coutumes de l’un et l’autre.

7. Pauline, France-Luxembourg-Portugal

Je vis au Luxembourg depuis 15 ans et le papa d’Hugo est né et a grandi ici. Le Grand-Duché est d’une incroyable diversité culturelle et linguistique. Les langues officielles sont le luxembourgeois, l’allemand et le français, et le portugais est aussi très parlé ici. Hugo est un bel exemple de cette diversité. A 7 ans, il parle couramment 3 langues : le français par moi, le portugais grâce aux origines de son papa et le luxembourgeois qu’il a appris en maternelle. Cette année, il apprend sa 4ème langue, l’allemand, enseignée à partir du primaire. Il passe déjà d’une langue à l’autre, et me traduit lorsque je ne comprends pas ! Le choix de le mettre à l’école luxembourgeoise a été assez simple. Son papa a fait toute sa scolarité ici, et je voulais rester vivre dans ce pays. Il était important qu’Hugo ne se retrouve pas limité dans ses choix de carrière et dans son intégration. Ne parlant qu’une seule langue, je vois à quel point le plurilinguisme est ici une richesse importante et le monolinguisme un frein dans certaines situations. La seconde raison, et pas des moindres, est le coût de l’école française !
La diversité linguistique est une chance, mais peut avoir ses limites, comme le fait de parler plusieurs langues couramment sans en maîtriser totalement aucune. De plus, en mettant Hugo à l’école luxembourgeoise, j’ai dû accepter qu’il ne suive pas le cursus français que j’avais suivi et que je ne pourrais pas le soutenir autant dans sa scolarité. Néanmoins, parler plusieurs langues à notre époque me semble une chance incroyable dont je ne voulais pas priver Hugo.

8. Stéphanie, France-Royaume-Uni-Pologne

Je suis franco-suisse, mon mari est suisse-polonais et avec nos trois enfants de 5, 4 et 2 ans, nous vivons au Royaume-Uni depuis 2017. Chez nous, nous parlons surtout le français (par moi) et l’anglais (par l’école), avec des mélanges assez sympathiques : “Maman, tu me give le butter ?”. Nos enfants parlent aussi le polonais avec leur père mais nous utilisons surtout cette langue quand la famille de mon mari vient nous voir car je ne le parle pas. Ce qui est drôle, c’est que même si les enfants parlent moins souvent le polonais, ils comprennent tout quand leur grand-père est à la maison et sont très avides de nouveaux mot à apprendre. Mon mari leur lit aussi régulièrement des livres en polonais. Pour le français, je passe mon temps à les reprendre : la maîtresse à l’école fait l’anglais, et moi le français ! Nous chantons aussi beaucoup car les chansons sont un excellent moyen de faire passer nos traditions francophones et polonaises !
C’est une aventure magnifique pour nos enfants, et si je reconnais que les débuts ne furent pas faciles, je ne regrette en rien notre choix. Nous mélangeons les traditions, par exemple nous fêtons l’Escalade (fête Genevoise), le 1er août (fête nationale suisse), Pâques (très important chez les polonais), et maintenant Halloween et les “bonefires” (traditions anglaises). Je vois aussi leur ouverture d’esprit et leur tolérance se développer. C’est une expérience merveilleuse qui ne leur apporte que des bienfaits ! La seule chose qui nous manque est de voir moins souvent nos proches, mais les retrouvailles sont toujours pleine de rires et d’amour !

9. Marie-Noëlle, France-Italie

Moi et mon mari italien avons deux enfants de 4 ans et demi et de 18 mois. Ils sont nés en Italie et ont reçu des noms témoignant de leur double culture : Noah Franco et Diego Antoine (on utilise le premier nom dans la vie quotidienne). Je leur parle exclusivement en français, et mon mari seulement en Italien. Étant l’unique francophone qu’ils côtoient (à part une amie sénégalaise), je leur lis des livres et leur passe des dessins animés en français pour qu’ils entendent la langue par une autre source. Notre fils ainé a fait ses premiers pas et dit ses premiers mots en Espagne où nous avons résidé pendant un an et demi. Il passait d’une langue à l’autre et a pu profiter d’un bain multiculturel extrêmement enrichissant. Depuis notre retour en Italie, il a parfois tendance à inventer des mots en « frantalien ». Il est grand temps de retourner en Bretagne pour les vacances !
Je sens au quotidien la grande responsabilité d’être leur seul lien vers la France et songe à leur faire faire des activités proposées par les associations françaises à Milan pour qu’ils aient l’occasion de rencontrer d’autres enfants francophones. La principale difficulté dans le fait de vivre à l’étranger avec ses enfants ? Ne pas partager notre vie avec les grands-parents, oncles et tantes de mon côté. Après l’accouchement, l’absence de la grand-mère maternelle se fait sentir plus que jamais.

10. Caroline, France-Kenya

Je m’appelle Caroline, j’ai 32 ans, mariée et 2 enfants. Nous sommes français, expatriés depuis 6 mois à Nairobi, au Kenya. Mon mari est gendarme et nous avons appris l’acceptation de notre demande d’expatriation en juillet 2017. Nous avons connu notre destination en novembre 2017 pour un départ en août 2018. Notre aîné avait presque 6 ans lorsque nous sommes arrivés au Kenya, le petit frère seulement 4 mois. Ici, les habitants parlent 2 langues : le Swahili et l’Anglais.
Pour le grand, ça a été une grosse étape. Nouveau pays, nouvelle école, nouveaux amis, et nouvelles langues… Nous avons fait le choix de le mettre au lycée français car pour nous, l’aventure expat ne durera que 4 ans. Dans sa classe de 23 élèves, il y a 12 nationalités. Pour nous, il s’agit d’une véritable richesse qu’on offre à nos enfants. Il a 7 heures de cours en anglais par semaine. Au début, cela a été très difficile car la plupart des enfants ont fait leur maternelle dans cet établissement et sont bilingues. Mais petit à petit, il y prend goût et nous nous amusons parfois à parler anglais à la maison. Mon mari, de part sa profession, apprend tous les jours la langue. Quant à moi, j’ai un anglais très basique mais je compte également profiter de ces 4 ans pour m’améliorer.
Nous faisons tous de très belles rencontres. Nous sommes tous les jours reconnaissants de vivre cette vie, tous les 4. Nous espérons ainsi inculquer de jolies valeurs à nos enfants.


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