[Interview] – Melanie, chef pâtissière expat au Royaume-Uni

Je suis tombée amoureuse du parcours et des créations de Melanie au détour d’une conversation sur ma page Facebook, par hasard, et j’ai absolument voulu partager son talent et sa vie d’expat avec vous ! Installée en Angleterre, à Windsor, Melanie est originaire de la belle ville de Liège, en Belgique. Après quelques années à travailler dans le marketing, elle lâche tout pour réaliser un double rêve : partir vivre à Londres et devenir chef pâtissière. Et quand on voit la beauté de ses créations, on ne peut que penser qu’il s’agissait d’une excellente décision ! Aujourd’hui, Melanie a travaillé pour des grands noms du monde de la pâtisserie, et partage avec nous ses magnifiques gâteaux, ses bonnes adresses gourmandes à Londres et des recettes sur son blog acidulé, Mimi’s Cooking Club. A ne manquer sous aucun prétexte, photos alléchantes garanties ! Tellement alléchantes que même le magazine Elle à Table partage ses recettes… Sans plus attendre, découvrez l’interview de Melanie, chef pâtissière expat en Angleterre !


Qui es-tu, d’où viens-tu ?

Je m’appelle Mélanie, j’ai 31 ans et je viens de Liège, en Belgique. Après des études de littérature, j’ai travaillé dans une maison d’édition pendant cinq ans, principalement au département marketing. J’ai ensuite opéré un « léger » revirement dans ma carrière pour devenir chef pâtissière ! Je travaille aujourd’hui à Londres, mais je prévois de rentrer m’installer en Belgique à la fin de l’été pour lancer ma petite entreprise de pâtisseries ! Je suis également auteure du blog Mimi’s Cooking Club, où je partage mes meilleures recettes sucrées et mes bons plans londoniens.

Comment as-tu atterri en Angleterre ?

Cela faisait des années de que j’avais envie de partir à l’étranger et de découvrir une autre façon de vivre, une autre culture. Mon job m’ennuyait, je me sentais prisonnière de ma routine, il fallait que je bouge. Je pensais d’abord tout simplement quitter mon travail et partir à l’aventure, de petits boulots en petits boulots. Mais il faut dire que je suis de nature plutôt organisée, alors j’ai décidé d’établir un plan d’attaque ! Londres est une ville qui me donne des frissons depuis des années, il y a justement une très bonne école de cuisine en plein centre, Le Cordon Bleu… 9 mois de cours intensifs, un diplôme international à la clé, le voilà mon point de départ ! Cette école m’a aussi permis de rencontrer des gens des quatre coins du monde, le gros plus de mon expatriation !

Avec Simon, mon mari, on a posé nos bagages à Guildford il y a bientôt deux ans, une ville toute mignonne à 30 minutes au sud-ouest de Londres. On a décidé de ne pas s’installer dans le centre de Londres car les loyers étaient beaucoup trop élevés, je préférais avoir une vraie cuisine pour développer mes recettes, quitte à passer un peu plus de temps dans le train… Et, au final, c’était une super décision ! Cela nous a permis de visiter plein d’endroits magiques au Royaume-Uni que nous n’aurions peut-être pas pris la peine de visiter si nous avions vécu en plein dans la capitale. Aujourd’hui, on habite à Windsor… Oui oui, là où vient d’avoir lieu le mariage royal (à l’occasion duquel Melanie a créé le magnifique gâteau ci-dessous, recette à décourir sur son blog) !

Les choses qui te manquent le plus en Belgique, et les choses que tu préfères en Angleterre ?  

Je dirais bien le chocolat belge, mais je n’en ai jamais mangé autant que depuis que je vis à l’étranger, c’est toujours ce que nos amis nous ramènent quand ils viennent nous voir ! J’ai beaucoup ri en lisant l’interview de Camille Medina sur ton blog, car moi aussi la compote de pommes me manque !

Pour les choses que je préfère en Angleterre, par où commencer ? Je les aime tant ces Anglais ! Je vais me limiter à trois choses, sinon on va y passer la journée ! Au risque d’un peu généraliser (mais c’est tellement vrai !), j’adore la courtoisie et la politesse des gens. Ils sont à l’heure pour tout, s’excusent plutôt deux fois qu’une. Ils font la queue sans sourciller, toujours avec le sourire. C’est tellement agréable au quotidien ! J’aime aussi leur investissement pour les charities, les organisations caritatives. C’est une véritable culture chez eux. Il y a des magasins de seconde main à tous les coins de rue – une vraie mine d’or pour dénicher de jolies assiettes où poser mes gâteaux ! Les Britanniques courent, font du vélo, des pâtisseries pour lever des fonds, je trouve cela admirable. J’ai travaillé pendant un an dans une librairie de seconde main Oxfam et j’ai été bluffée par la générosité des gens.

Enfin, et cela va te sembler étrange Gabrielle, car tu en as déjà parlé ici, mais j’aime leur façon de dire bonjour ! Bon ok, la première fois que l’on rencontre quelqu’un c’est un peu galère, est-ce qu’on se sert la main ? On s’embrasse ? On se fait un petit coucou super bizarre de loin ? Mais une fois qu’on se connaît, quel plaisir de faire un « hug » aux copines et de s’exclamer « ohmygodimissedyousomuch !!!! » ! Ça me semble tellement plus chaleureux qu’une simple bise (oui, c’est une seule en Belgique !) ! J’ai toujours un peu de mal quand je rentre à la maison, j’ai envie de serrer mes copines belges dans mes bras !

Quand as-tu commencé à faire des pâtisseries ?

Alors ça, c’est très troublant, car j’ai toujours aimé cuisiner et faire des gâteaux, depuis toute petite, mais il a fallu attendre mes 27 ans pour me rendre compte que c’était vraiment quelque chose qui me passionnait et dont je pourrais envisager vivre. Je me voyais juste comme une grande gourmande ! Je repense souvent à cette scène du film Julie & Julia, qui dépeint la vie de la chef américaine Julia Child, jouée par Meryl Streep. Alors qu’elle est en plein questionnement sur sa vie à l’étranger, son mari lui demande ce qu’elle préfère faire dans la vie, elle éclate de rire et répond « manger » ! Ben moi, c’est pareil !

Quel est ton parcours de pâtissière, as-tu toujours su que c’est ce que tu voulais faire ?

Donc, à 27 ans, le franc est tombé ! Mais bon, je bossais à temps plein, j’écumais les entretiens d’embauche… J’étais un peu bloquée ! Alors j’ai pris mon mal en patience et j’ai commencé par prendre des cours du soir en pâtisserie en Belgique, pendant deux ans, le temps que le projet londonien se mette en place. Une fois à Londres, j’ai reçu le meilleur conseil de carrière de la part d’un de mes chefs : « Peu importe si le job te plait, si tu as des supers collègues ou des horaires qui t’arrangent. Garde en tête ton objectif et si ce que tu fais au jour le jour n’y correspond plus, va voir ailleurs. » Voilà comment j’ai travaillé dans 7 cuisines différentes en moins d’un an ! Une jolie pâtisserie à Windsor, deux branches des restaurants de Yotam Ottolenghi, l’ouverture d’un restaurant et d’une boulangerie dans un grand department store… Aujourd’hui je fais un stage dans une boulangerie scandinave, et dans quelques semaines un autre stage dans un resto 3 étoiles ! C’est une chose que j’aime en Angleterre, il est super facile de changer de boulot ou de trouver un stage et de multiplier les expériences. Le revers de la médaille c’est que tous ces jobs sont généralement précaires.

Ce qui tu aimes le plus et le moins dans ton métier de pâtissière ?

Ce que j’aime le plus, c’est échanger avec les gens. Qu’ils s’agissent des clients qui viennent nous féliciter pour notre travail, des copines qui me demandent des trucs et astuces pour réussir les macarons à tous les coups, ou des collègues avec qui je pourrais débattre du goût d’un chocolat pendant des heures… C’est un métier vraiment enrichissant ! J’adore aussi enfourner les viennoiseries tôt le matin, seule dans l’atelier, quand tout le monde dort encore et que les rues de Londres sont désertes… C’est un sentiment unique !

Ce que j’aime le moins, c’est que c’est un métier assez physique, ça change après avoir passé 5 ans assise derrière un bureau… Il faut penser à prendre soin de soi, à s’étirer et à faire du sport en dehors des heures de boulot pour garder la forme, et ce n’est pas toujours évident ! Surtout que je suis toute petite et que les cuisines sont souvent pensées pour des géants… Ça m’a déjà valu quelques situations d’équilibriste !

La création/pâtisserie dont tu es la plus fière à ce jour ?

Il y a quelques semaines j’ai eu l’occasion de participer à mon premier « supper club », sorte de restaurant éphémère très tendance en Angleterre. J’ai réalisé mon tout premier dessert à l’assiette pour trente personnes ! J’ai choisi une tarte au citron meringuée « à ma façon » (photo ci-dessous), la recette du biscuit venait du Cordon Bleu, celle de la meringue de chez Ottolenghi, la technique de décoration du chocolat apprise lors d’une formation avec un super maître chocolatier… Cette tarte, c’est un peu le résumé de mon parcours anglais !

Si tu devais n’en choisir qu’un : quel conseil aurais-tu voulu avoir avant de partir vivre à l’étranger ?

Le plus difficile au début de mon expatriation, c’était les retours en Belgique. Je rentrais pour un week-end, parfois pas plus de 48 heures, et j’essayais de voir tout le monde, les amis, la famille au complet. Résultat, j’avais des rendez-vous presque « minutés », l’impression de ne profiter de personne et je rentrais en Angleterre totalement vidée. C’était frustrant ! Je me souviens de mon retour pour Noël la première année qui avait été particulièrement difficile à vivre. J’aurais aimé qu’on me dise qu’il ne fallait pas essayer d’en faire trop ! Aujourd’hui, mes retours sont beaucoup plus paisibles, je pense que j’ai trouvé le bon équilibre.

Par contre, là maintenant, j’ai besoin de conseils ! Ma vie d’expat en Angleterre touche doucement à sa fin et je dois avouer que j’angoisse un peu, je ne sais pas trop comment gérer l’ « après » !

Des projets à venir ou des rêves, dont tu voudrais nous parler, même fous ou lointains ?

Olala oui, plein ! D’abord, une « mini-expatriation » cet été sur l’île de La Réunion, j’ai hâte ! Après, je pose mes valises en Belgique, à la maison, où j’ai décidé de lancer ma petite entreprise de pâtisserie. J’aimerais lancer un service traiteur « sucré » pour les petits et les grands évènements de la vie, et puis, un jour, donner des cours de pâtisserie ! Je crois très fort en mon projet, j’ai hâte de passer du rêve à la réalité, même si je vais devoir être patiente !

Enfin, pour les projets fous, je veux continuer à voyager, je n’exclus pas la possibilité d’aller m’installer dans un autre coin du monde ! La conférence TED du designer allemand Stefan Sagmeister « The power of time off » m’inspire beaucoup. Il y explique qu’il ferme son agence de New York le temps d’une année sabbatique tous les 7 ans. Pour se ressourcer, booster sa créativité, donner une nouvelle jeunesse à son agence. Il parle de l’importance du temps libre, trop souvent négligé, qui est pour lui la clé du succès. C’est un concept génial !

Si tu devais être un gâteau ou une pâtisserie… Laquelle choisirais-tu, pourquoi ?

Peu importe la forme ou les saveurs, je choisirais un gâteau de fête ! Pour moi la pâtisserie c’est ça, c’est du partage, des moments avec les gens qu’on aime. C’est un petit peu de bonheur à la portée de tous. Qu’on n’aime ou pas le sucré, un beau gâteau ça ne laisse personne indifférent ! Mais j’avoue, j’ai un faible pour toutes les pâtisseries au chocolat, notamment les entremets…

Tous les crédits photos appartiennent à Melanie Kuta du blog Mimi’s Cooking Club.


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